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Hérisson d’Europe

Erinaceus europaeus


© Denis Nata / Adobe Stock

Mes ancêtres sont venus d’Asie il y a des millions d’années, survivant à des dizaines de périodes glaciaires. Je fais partie de la famille des Érinacéidés, dont les 26 espèces s’étendent aujourd’hui à travers l’Eurasie et l’Afrique. Cette famille comprend les hérissons, mais aussi les gymnures, qui me ressemblent avec des poils à la place des piquants. Mon espèce, le Hérisson d’Europe, aurait 450 000 ans et c’est la seule présente en Europe de l’Ouest. On me trouve dans toute la France.

Qui s’y frotte, s’y pique. Souples et solides à la fois, mes piquants recouvrent mon dos et me protègent des prédateurs. J’ai ainsi la faculté de me défendre sans avoir à me battre. Une puissante musculature permet à mon corps de se rouler en boule en un clin d’œil, comme un sac qu’on serre avec un cordon. Je peux rester comme ça pendant des heures et personne n’osera toucher à cette armure acérée ; à part les blaireaux, qui ont visiblement trouvé la technique pour m’ouvrir. On me nommait Echinos en Grèce Antique. Cette racine linguistique est utilisée pour tout ce qui a des épines, des échinoïdes (nom scientifique pour les oursins) aux échines (nom ancien pour les bogues des châtaignes). Le mot « hérisson » désigne aussi toutes sortes d’objets à pointes, utilisés dans la construction, la sécurité, l’agriculture, le ramonage… sans parler du verbe « hérisser ». Ma toison redoutable semble bien vous inspirer !

© bridgephotography / Adobe Stock

Nocturne, sportif et gourmand. Comme beaucoup de mammifères, je me déplace la nuit pour éviter les nuisances. Je parcours sans problème des kilomètres entiers, et je peux même traverser un cours d’eau à la nage s’il le faut. Je vais beaucoup moins vite que Sonic le hérisson, votre célèbre personnage de jeux vidéo, mais je suis comme lui très endurant. Durant mes promenades nocturnes, j’aime les espaces ouverts mais je reste le long des buissons et des haies au cas où j’aurais besoin de me réfugier. Je me goinfre d’insectes et de mollusques en tous genres ; si vous tendez l’oreille la nuit, vous entendrez peut-être mes petits grognements satisfaits. Au Moyen-Âge, je symbolisais la gourmandise (il y a du vrai) et l’avarice (c’est un peu exagéré). Sachez que si vous avez un potager, nous sommes copains : je ne toucherai pas à vos salades, mais par contre, les chenilles, les limaces… miam miam !

Un odorat affiné. Quand je chasse, mon mufle est constamment en alerte : je le plonge dans les feuilles pour y trouver mon repas et renifle bruyamment les environs. Ironiquement, je sens très fort ! Je suis cependant peu regardant sur le goût, mangeant des insectes aux saveurs parfois douteuses. Quant à mon ouïe, elle capte surtout les sons aigus (utile pour chasser) ; ma vue n’a rien d’exceptionnel.

© Piotr Krzeslak / Adobe Stock

L’hiver, j’hiberne. Quand il fait froid et que la nourriture se fait rare, je construis un tas de feuilles compact pour y passer 3 à 4 mois, en prenant soin de me nourrir copieusement avant. Pendant l’hibernation, tout mon organisme est ralenti : mon cœur ne bat que 5 fois par minute et je ne respire que quelques minutes par heure. Je fais quand même quelques sorties durant l’hiver si le temps s’y prête, parfois pour changer de nid. Quand je me réveille de l’hibernation, cela prend de longues heures, le temps de faire remonter ma température corporelle. Il m’arrive de faire une pause d’un mois en été en cas de canicule et de sécheresse. En période d’activité, je passe les trois quarts de mon temps à me reposer, en particulier durant la journée.

Solitaire et fougueux. Je partage mon territoire avec d’autres hérissons mais j’évite généralement de les croiser. Pendant la saison des amours (printemps et été), on se rassemble dans des clairières pour la reproduction : les mâles doivent démontrer leur vigueur devant la femelle, qui est sélective et tourne parfois sur elle-même pour repousser un mâle trop insistant. Après un accouplement épineux, nos chemins se séparent et nous allons voir ailleurs pour maximiser nos chances de reproduction. La hérissonne s’occupe seule des petits, qu’elle protège et allaite dans un nid douillet qu’il ne faut surtout pas déranger. Au bout d’un mois, elle les emmène découvrir le monde et leur montre comment se nourrir. Dans la nature, je vis généralement un à deux ans.

© slowmotiongli / Adobe Stock

Un esprit protecteur. Les Tziganes m’appellent Niglo. Ils aiment ma chair prétendument délicieuse, mais respectent aussi mon grand pouvoir. Pour eux, je symbolise la résistance à la foudre : je serais une sorte de paratonnerre ambulant. Ils portent parfois ma patte autour du cou en guise d’amulette. L’orage représente une vraie menace pour ces peuples nomades et même si la plupart sont aujourd’hui sédentaires, j’ai gardé pour eux ce rôle essentiel de protecteur. Si vous avez besoin de sécurité, si le danger rôde autour de vous, faites donc appel à moi !

Une espèce menacée. On raconte que je résiste aux poisons et aux venins. C’est à moitié faux, je suis costaud mais pas invulnérable : vos pesticides m’intoxiquent bel et bien. Avec les voitures et la disparition des haies, c’est une des grandes menaces qui pèsent sur les miens. Si vous voulez m’aider à survivre, il y a plein de choses à faire : planter des haies et laisser l’herbe pousser autour, ne pas utiliser de produits chimiques (comme l’anti-limaces), installer une rampe de sortie dans votre piscine (avec une planche), vérifier que je ne suis pas là avant de débroussailler, me laisser des tas de feuilles ou de branches pour le refuge et l’hibernation (vérifiez que je ne suis pas là avant de les brûler), rouler moins vite la nuit. Je vous en serai très reconnaissant !

© kanuaq / Adobe Stock

Vidéos à consulter :
Les Hérissons (C’est pas sorcier)
8 curiosités chez les Hérissons (PlanèteAnimal)

Sources :
Le Hérisson d’Europe (2020) de Philippe Jourde (Delachaux et Niestlé)
• Wikipédia : Erinaceus europaeus / Hérisson / Erinaceidae


Dans la même famille…

© maximilian_100 / Adobe Stock

Hérisson à ventre blanc
Atelerix albiventris
Afrique tropicale

© Víctor / Adobe Stock

Hérisson d’Algérie
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Hérisson des Balkans
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© Amy Alyssa / Adobe Stock

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Moyen-Orient & Asie de l’Ouest

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Hérisson du désert
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© Nicholas Smythe / Fine Art America

Grand Gymnure
Echinosorex gymnura
Asie du Sud-Est

© Bitty Chong / Flickr

Petit Gymnure
Hylomys suillus
Asie du Sud-Est

© Kai HE / ResearchGate

Gymnure musaraigne
Neotetracus sinensis
Chine, Birmanie & Vietnam


© Jimmy Guye · Sagesses Sauvages
Article modifié le 28/06/2021 [version 1.0]

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